mercredi 12 août 2009

Premier jour

Premier jour
J'ai préparé mon sac la veille de mon départ puis, la nuit aidant, l'ai refait le matin du départ. J'ai retiré un certain nombre de matériel comme la poivrière, j'ai vidé la salière de moitié, pris une quarantaine de sucrette au lieu de la boîte et mis les dattes, les figues et le muesly du petit déjeuner dans des sacs en plastique.
Je croie que c'est au retour de ces 10 jours (si je tiens) que je ferais le bilan matériel.
L'organisation de mon départ dans ces deux derniers jours (lundi et mardi ; je suis parti le mercredi matin à 09:44 soit 16' d'avance) :
Le lundi donc besoin urgent de devis et factures. Jean vient le soir et j'y travaille jusqu'à 01:30. Le mardi c'est à refaire il y a des détails qui clochent.
Marinette me met la pression, les tomates ne sont pas traitées !? Le melon poire n'est pas planté !? J'ai tout de même planté le basilic, déblayé l'évier de la vaisselle propre et mis au compost ce qui devait, rangé des trucs et les pacto qui trainaient dans la cour, sorti la poubelle jaune pour le jeudi.
Pour me venger je laisse les boîtes plastiques que j'ai salies dans l'évier.
Pouf ! C'est le jour du départ, je suis stressé (pour utiliser l'expression consacrée), je dirai plutôt tendu. J'ai peur de ne pas y arriver. J'ai d'ailleurs en plus de la tente acquis un sac de couchage car j'ai crains de ne pas pouvoir emporter celui de l'armée fort pratique pourtant.
Je suis inquiet.
J'ai souvent rêvé de partir comme cela sans but et autonome un maximum. Aujourd'hui je réalise enfin et j'ai peur de rater, que cela ne soit pas comme je le rêve.
Après quelques auto-photographies dans la cour en utilisant le trépied, harnaché et la canne à la main. Je pars par le portail de la rue des Tourailles que je referme soigneusement. Je croise deux ou trois voitures avant d'emprunter la direction de la Quesmière où je passe directement en bas de la grève (ou en haut selon).
L'Aventure commence.
J'ai déjà des douleurs dans les pieds, les jambes et les épaules. J'étais tellement inquiet que j'avais à force d'être à l'écoute de mon corps des douleurs dans le dos, les genoux et épaules depuis plusieurs jours. Mais là, c'est physiquement vrai et augmente mon inquiétude.
Je marche en direction de l'Ouest.
Je règle la canne de "marche nordique", puis la replie en travers de ma poitrine. J'ai mis moult sangles sur mon sac, sangles qui font rire ma charmante épouse qui ne se lasse pas de se moquer de moi. Cette canne n'est pas lourde, pas gênante ni encombrante et l'avantage quand elle n'est pas utilisée elle se fait oublier repliée et accrochée au poignet. Je l'ai, le premier jour du moins, toujours eu à la main.
Je marche vers Saint-Benoît des Ondes et j'ai du mal. Le sac est lourd et mal équilibré. J'ai du mal (et oublié aussi un peu) le réglage en marchant des différentes sangles (2 à la ceinture en plus de la grosse boucle, 2 en bas des bretelles, 2 en haut avec une autre grosse, une en travers de la poitrine). Cela permet de faire varier la charge sur le corps.
J'ai mal. L'inquiétude grandie. Je m'arrêterais avant la pharmacie où je dois prendre des plaquettes de médicaments pour mon voyage dans le cadre de mon traitement. Il me revient que je ne peux enlever le sac à dos que sur une hauteur. A Saint-Benoît le meret du chemin s'avère idéal.
Je suis contraint de m'arrêter car depuis plusieurs centaines de mètres le sac ne porte que sur une épaule et les règlages des sangles en aveugle ne font rien. La boucle de gauche en haut de bretelle est défaite. Je la remonte et la règle. Je profite pour changer le tapis de sol et le sac de couchage car je porte ce dernier à la main depuis un bon moment après qu'il soit tombé. L'ensemble se présente mieux et paraît plus "pro".
A la pharmacie pas de difficulté, Marinette viendra chercher le reste du renouvellement de mon ordonnance dont je n'ai aucune utilité pour mon périple. Le pharmacien (M. Pépin) rigole et me charrie un peu. Il m'est devenu sympathique depuis quelques années. Il a un humour que me plait même si je ne suis pas toujours d'accord sur tout les sujets. Je fais preuve d'optimisme pour mon voyage et balaie - à mon grand étonnement - ses objections. C'est d'un pas plus optimiste que je me rapproche de l'Ouest. Merci Pépin. Tu ne saura peut-être jamais les incertitudes et craintes que tu as balayé chez moi, juste en rigolant avec ou de moi.
C'est reparti. La mer est haute, près du bord. Je pense que j'aurais des problèmes plus loin vers le château Richeux si le GR 34 passe sur la plage comme nous n'avons fait avec Marinette il y a quelques mois.
A la sortie des élevage de moules, j'ai le même problème qu'avant la pharmacie. Je me pose, remonte la boucle que j'assure plus encore ainsi que l'autre.
Je repars et cherche avec certitude ma route sur la grève car j'avais eu des doutes sous Saint-Benoît et certains passages délicats m'avaient surpris. Les traces des pas des chevaux m'avaient guidé et évité de tomber (marcher) dans des bourbiers infâmes.
Je ne comprends pas. Je ne maîtrise pas mes sangles mais je trouve que j'ai anormalement mal aux épaules. Je réfléchis. C'est en me décontractant que la douleur disparaît. La tension m'a fait rentrer la tête dans les épaules. Le stress m'a douloureusement crispé. Je me relaxe et m'attache à décontracter tous mes muscles et à prendre un pas plus coulé, moins saccadé. Prendre une marche lente et régulière, beaucoup moins désordonnée que quelques instants avant. Il faut que je fasse attention à cela et j'ai dû me reprendre plusieurs fois au cours de la journée.
J'arrive sous le château de Richeux. Le GR me guide vers la grève que j'emprunte une centaine de mètres avant de me trouver devant un escalier de bois d'une vingtaine de marches. Je me surprends à monter sans difficultés (malgré une marche manquante) d'un pas lent et régulier. Je suis un chemin que je connais, puis passe sur la partie surplombant la grève que nous avions suivie Marinette et moi.
La mer est haute, le ciel bien que couvert laisse voir très loin. Le spectacle est magnifique la mer d'une couleur (de couleurs devrais-je écrire) fantastique avec à l'aplomb près du bord un flou heureux qui laisse deviner le fond varié. Marinette tu aurais dû m'écouter il y a quelques mois.
La végétation bientôt me cache la vue au Nord mais je regarde aussi côté terre et vois souvent d'agréables paysages jalonnés de belles demeures voir de manoirs ou châteaux (Malouinières).
Je dois pour arriver à Cancale prendre un bout de grève (plage ?) mais je soupçonne de m'être trompé de chemin. Tant pis, mais je n'aime pas marcher dans le sable mou tout comme dans l'herbe que j'ai du fouler avant les élevages à la sortie de Saint-Benoît des Ondes. Épuisant d'autant que je ne me sens pas encore complètement à l'aise même si cela va mieux.
La traversée de Cancale en bordure de mer n'est pas désagréable en dehors des odeurs qui émanent des restaurants tout au long de la ville. J'ai mangé à plusieurs reprises des figues par petites doses et les odeurs m'écœurent. Il est 13:20 et je prévois d'arriver sous le monument du kilomètre zéro érigé le 7 août 1969 pour la création des chemins de randonnées, pour 14:00 afin de téléphoner à ma charmante femme et de déjeuner. Je téléphone à 14 heures zéro zéro pile. Personne. Messagerie. Je laisse un mot sans dire où je suis. Je sais c'est bête mais j'ai prévenu que l'appelais à 14:00.
Je mange léger, une débroussailleuse de talus juste au dessus des dunes où je mange entre en action. Non contente de me briser les oreilles me contraint à changer de place deux fois. Je m'en vais. Quelques dattes feront l’affaire mais je les prendrais beaucoup plus tard. Pas faim. Le café que je voulais me prendre sur ce banc sera pour plus tard.(2)
Dans la montée au dessus de Cancale premier des trois incidents semblables qui viendront entraver ma marche. Une des boucles du haut des bretelles cède. Je fais un nœud. Adieu le réglage pour répartir la charge en cours de route. La bouche du bas du même côté, puis la seconde du haut auront le même destin. Je fais pourtant très attention pour répartir la charge et surtout pour éviter les secousses surtout dans les descentes où les à coups dans les montés qui provoquent des surtensions à l'équipement et aussi à mes chevilles.
Je reprends chaque fois la progression avec la peur qu'une boucle ou une couture irréparable vienne se briser et stopper mon périple. J'espère que ces incidents se termineront le premier jour, l'ensemble étant éprouvé.
Le chemin est très agréable, même si certains passages sont durs à monter ou délicats à descendre. Petite vitesse et nombreux arrêts en montée me permettent de récupérer et de ne pas dépasser le stade II de l'essoufflement. Je ne fais pas une course de vitesse. Mon but ; arriver aux dix jours pour rentrer.
Mon corps souffre de partout. Je n'ai pas un endroit qui ne me fasse pas mal. C'est le lot d'un petit manque d'entrainement. Cela passera pourvu que les chevilles et les épaules tiennent. J'évite de penser à la contraction du dos de la semaine passée. Haut les cœurs.
Le temps qui était couvert au départ d'Hirel et toute la matinée mais qui laissait voir loin se dégage dès midi et le soleil fait son apparition. Je marche du côté de l'ombre quand possible contrairement à mon habitude de marcher et de croiser à gauche.
Je prends quelques photos, notamment des iles ou une construction genre Vauban est visible. Auparavant, à marée haute, j'ai pris en photo le mont Saint-Michel et le Mont-Dol nettement visible au loin et magnifique par marée haute. Cancale a eu droit aussi à son lot de numérisation.
Pour compléter le décor, je croise ou me fait dépasser par des gens très sympathiques. Certains me saluent d'un bonjour sur des tons plus ou moins cordiaux ou enjoués. Il n'y a pas foule. Nombre de personnes, notamment que je croise, rient de mes plaisanteries, m'interroge sur mon périple et mon équipement. 22 kilos, 10 jours.
Il arrive que je rencontre deux fois les même personnes. Nous nous donnons des nouvelles et des informations sur les événements depuis notre dernière rencontre. C'est chaleureux. Nous nous connaissons bien et nous ne nous connaissons pas.
Cela change de la ville de Cancale où mon passage à laissé l'affluence indifférente en dehors d'un groupe ou deux que j'ai salué avec humour accepté.
Sur mon chemin il y a beaucoup d'étrangers principalement allemand ou parlant une langue qui y ressemble. Je reconnais qu'ils sont étrangers à leur "bonjour" emprunt d'un fort accent.
Les promeneurs s'effacent pour me laisser passer la plus part du temps. Tous sont les mains dans les poches ou un petit sac sur le dos. Je n'ai rencontré aucun randonneur ou plutôt si, un couple à l'arrivée à Port Mer qui m'a dépassé, des jeunes qui m'ont raconté avoir randonné aussi. Ils m'ont donné quelques unes de leurs expériences notamment au niveau des campings, des douches, du bivouac en général. Très sympa. Leurs conseils me serviront dès ma première halte pour la nuit.
Ils m'ont parlé de camping complet. Celui de la Point du Grouin l'était. J'oublie de leur demander où il se trouve par rapport au chemin des douaniers. Tant pis.
A Port Picain j'ai pu faire le plein d'eau. Mes bouteilles sont pleines. Le premier souci que j'avais est réglé car l'eau est nécessaire pour boire mais aussi pour la cuisine. Le second souci... la douche qui est indispensable car je suis trempé de sueur, mon chapeau de même.
Je progresse, quand sur gauche (forcément car sur droite c'est la falaise et la mer) un camping. Un groupe entre par un portillon dans la clôture solide. Il n'est pas verrouillé et même si un panneau interdit l'accès, je tente ma chance.
Je passe devant le bâtiment sanitaire pour gagner l'accueil que je situe à l'opposé, côté route. Une jeune fille arrose les fleurs et à ma question m'invite à me renseigner auprès du gérant dans le bureau. Il est 18:50, je pensais le bureau fermé et avais le secret espoir de me doucher sans demander mon reste. Je sais c'est malhonnête mais bon.
Le couple me propose un emplacement mais avant de remplir la fiche de police ??? m'informe que le coût est le même que si j'avais une voiture : 11 euros. Je joue le jeu de l'écologiste qui voyage à pied et refuse de payer pour les pollueurs. Cela sur un ton de bonne humeur. Je dis non et demande la vente d'une douche que le monsieur me dit de prendre gratuitement car il n'a pas de tarif pour les douches seules tout comme les randonneurs.
Je suis content. En passant un couple de femmes me sourit. Je les salue poliment.
J'ai un problème. Comment surveiller mes affaires quand je serais sous la douche ? Je pense à mes deux femmes souriantes et j'y retourne. Elles acceptent bien volontiers de garder mes "bagages". La douche c'est que du bonheur. Je change mon Jean contre un survêtement et mon polo contre un tee short 600 que j'enfile à la tente de ces dames montrant mes cicatrices que je dissimule de mon mieux. Elle ne posent aucune question. Elles sont de Bourges. Nous échangeons sur nos origine berrichonnes, sur les vacances, sur des choses sans importances et pourtant intimes.
Je repars après un grand verre d'eau froide et une bouteille fraîche. Elle m'ont invité à éviter l'isolement de mon bivouac "on voit tellement de chose de nos jours"! Je les rassure et décline l'invitation de l'un d'elle de camper près d'elle...!
Je prends à gauche en sortant, je suppose qu'à droite le domaine est protégé pour que je puisse planter ma tente.
J'aborde un habitant chez lui. Il m'indique le parking herbu. Trop bruyant avec la route à côté.
Je me décide pour un lotissement en cours de construction, seulement viabilisé. A ma demande une promeneuse de chien m'indique des champs plus loin.
Premier camp.
Je vois cinq caravanes et un bateau sur un terrain où l'herbe, contrairement au lotissement que je viens de quitter, semble moelleuse à souhait et est une invitation à camper. Il me faut joindre le propriétaire à quelques centaines de mètres. Il accepte et me laisse la disposition des sanitaires dans le parc. Merci Monsieur Lecam. Retour au parc, j'informe les sédentaires voisins de l'autorisation obtenue et me pose entre deux caravanes. Si ce n'était le bateau mal garé je penserais que les caravanes qui semblent être là à l'année, sont inhabitées. Erreur, un 4 x 4 arrive et se gare devant le bateau près de ma tente. Le couple en retraite est très gentil. Nous échangeons un moment. Mon périple, sa (c'est surement monsieur qui parle) lubie du bateau, son choix, un peu ma vie, mon but dans ce voyage,... la vie quoi !. Chance, il propose de mettre en charge mon GPS que j'ai dû, faute d'énergie, arrêter chez les femmes de Bourges.
Je dîne de pâtes et d'une boîte de thon. Même pas faim.
21:00 contact téléphonique avec Marinette qui doit appeler ses collègues. Au revoir. Je coupe le téléphone jusqu'au prochain contact à 14:00 demain.
Je m'installe, dérange mes affaires et écris.
La nuit est infernale. Je dors en clignotant. Je tourne et je vire. Je ne regarde pas l'heure, mais à 6 heures je le fais et finis d'écrire.

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