Vendredi 21 août - dixième & dernier jour.
Je suis à Grobusson à Pléboulle. Je me réveille à 6:30 ce dernier jour de mon périple après une nuit paisible près des vaches qui ce matin on changé de côté du champs. Pendant que je déjeune et prépare mon sac le soleil fait son apparition (j'ai bien placé la tente dans ce but hier). Je ne reste pas assez longtemps pour profiter des rayons qui auraient pu sécher la tente. Je la roule donc et je pense qu'elle fait le double de son poids d'origine soit environ 4 kg.
Ma première rencontre se fait dès le départ. Une femme que je vois au loin près de sa maison la canne à la main et qui tire sur des ronces prises dans son grillage. Elle a une technique pour palier le manque de force. Elle emmêle le râteau dans les ronces en le tournant. Puis elle se retourne et marche, les ronces sont à la traîne, arrachées. Quatre-vingt-cinq ans. Sont compteur à une grosse fuite et la prive d'eau au robinet. Elle me propose celle de son puits que je refuse prétextant un syndrome d'intestin fragile.
Direction Port à la Duc d'où je suis encore à plus d'un kilomètre. L'itinéraire se fait a travers champs et sous le soleil levant c'est très agréable de même que la traversée du pont sur le Frémur. Les mille cinq-cents mètres suivant se font sur le bitume mais la mer haute rend la baie de la Fresnaie est magnifique. Des oiseaux en nombre se laisse porter par l'eau. Je ne peux les identifier. Encore du bitume après Port Nieux, mais en pente assez raide. Je suis récompensé de mon effort car un kilomètre plus loin j'entre dans le reste de mon itinéraire qui sera un vraie bonheur jusqu'à sa fin.
Tout d'abord le chemin est large, herbeux et boisé. L'impression d'être en forêt. On voit peu la mer ou alors par une trouée dans la verdure qui encadre un paysage marin splendide. A Port Saint-Géran je fait une pause figues en compagne d'un grand père, de sa belle fille et de son petit fils qui m'adopte en venant s'assoir spontanément près de moi. Il n'aime pas les figues et donne le reste du morceau que je lui ai donné à sa mère qui le mange avec délice. L'homme n'est pas du coin, mais semble faire construire. Il réside dans un village près de Rennes et vient du sud de la France.
Les deux kilomètres de Port Saint-Géran au Fort La Latte sont de toute beauté, le parcourt est agréable même si parfois très pentu et doté de quelques volées de marches en rondin de bois, la vue admirable. Très peu de rencontres. Quelques pêcheur haveneau sous le bras marche d'un pas rapide vers des lieux de pêche dont je me demande où se trouve l'accès n'ayant pas vu de chemin particulièrement pratiquante vers la vers qui se trouve à quelques dizaine de mètres en contrebas. Je pense que se sont des vacanciers car il vont et viennent avec précipitation, faisant demi tour avec leur équipement avant de repartir dans un autre sens. Ils semblent perdu. A partir de la pointe de la Cierge je voie le Fort La Latte que je photographie. J'estime que je ne serais pas là bas pour 14:00 pour la vacation téléphonique avec Marinette et je ne peux dans le chemin poser mon sac pour prendre le téléphone qui s'y trouve. Un peu d'inquiétude pour le dernier donnera à nos retrouvailles un plaisir plus grand.
L'affluence me fait reculer et je n'entre pas dans le Fort tant la foule y est compacte. C'est un flot ininterrompu montant et descendant qui anime le sentier large de plusieurs mètres. Quelques photos et je prends la montée qu'on m'indique longue d'un kilomètre environ (pour moi 12 minutes) avant de trouver parking et structure à hauteur de sac. En réalité 500 mètres à peine. Je trouve un banc en bordure du chemin, peu avant le parking et téléphone avec 20 minutes de retard. Même pas inquiète. Pour moi, je suis arrivé au bout de ma route, mais Madame qui est chez Loïc et Noémie dit venir me chercher vers 16:00. Il me faut une heure pour manger, je suis presque à cours d'eau et il me faut une heure à une heures trente pour rejoindre le Cap Fréhel. J'ai la pression qui monte (déjà !). Quand je raccroche je suis contrarié. Je mange cependant tranquillement prenant le temps de boire la dernière dose de café. Puis je remballe comme pour repartir sur les chemins (un pressentiment !?). J'endosse mon sac et remonte vers le parking proche. J'aide le régisseur du parc du Fort La Latte [Les Goyon-Matignon, seigneurs constructeurs du Fort La Latte au XIVe siècle, avaient multiplié les hauts faits d'armes et les brillantes alliances. Les Goyon sont très nombreux et les branches multiples, si nombreuses qu'un proverbe dit : "Frappez du pied le sol breton, il en sortira un Goyon, un Kersauson ou un Courson".] à remonter le portail qu'une livraison en camion citerne a contraint au démontage. Il me fait entrer dans son domaine pour me donner de l'eau de "l'administration" (3 litres d'eau fraîche). Il me parle de l'étendue du parc et de son entretien. Il évoque les difficultés de relations parfois avec les autres associations ou autorités ayant action et ou intérêt dans l'organisation de l'entretien des chemins et bois. Je prends le temps de l'écouter. Il parle beaucoup et je sens que cela lui fait du bien. Il a une quarantaine d'année à peine et on sent qu'il aime son métier et s'arrête peu aux inconvénients de celui-ci.
Je rappelle ma tendre (!?) pour lui dire de prendre son temps (que j'avais senti qu'elle voulais prendre avec le couple benjamin) et lui annonce mon départ pour le "Cap" (allusion à Sonia et Alexandre Poussin partis du Cap de bonne espérance pour le lac de Thibériade en Israël en marchant tout au long de la fracture du Rift, en passant par dix pays [14000 km en trois ans et trois mois]). Rendez-vous est pris la-bas pour 17:00 environ.
Il aurait été regrettable de ne pas effectuer ce dernier parcourt. Sublime, majestueux, enchanteur. Il commence par un chemin sous bois qui même si vallonné est agréable sous les semelles. Puis de la bruyère, un peu en enfin la lande rase du Cap avec ses couleurs jaune des genêts, violette, [faune et flore d’intérêt patrimonial : nombreuses monocotylédones (orchidées) et dicotylédones florifères, Gentiane pneumonanthe, Azurée des Mouillères, Grassette du Portugal, Rossolis à feuilles rondes, entomofaune (en générale).] et ces mélanges de vert des feuilles et marron boutons minuscules des fleurs à venir.
Je tombe sur une "chèvre" et son troupeau [Il faut expliquer qu'une chèvre est présentement une personne qui pose des questions ou affirme des choses complètement évidente et surtout qui est habillée comme pour aller à une soirée mondaine et chaussée comme en sortant de la piscine].
Je suis aux anges durant toute cette dernière longueur indiqué comme 1:00. J'en mets 1:30 avec les arrêts photos et échanges. Pour finir je m'offre le tour d'honneur de la pointe du cap Fréhel sur un chemin pierreux certe qui fait mal à la plante des pieds, mais se sont les derniers pas de mon évasion. Je me retourne souvent vers le sémaphore de Saint-Cast Le Guildo que je vois encore ainsi que les côtes de Normandie visible dans le lointain. Je goute le vent qui me caresse une dernière fois et me retourne souvent, ému aux larmes que je me contraint à retenir (encore... pourquoi - je me demanderais toujours ce que j'aurais ressenti si je m'étais laissé aller à pleurer. J'ai eu peur de ne plus pouvoir m'arrêter - qu'aurais-je ressenti après ces larmes ?)
Le parking est là. Pas de liaison téléphonique sauf urgence. Je vois la voiture entrer sur la zone quand j'ai eu fini de vérifier les voitures présentes. Ma blonde arrive. Ma blonde se gare, y'a de la place (trois manœuvres quand même - elle est fatiguée c'est sure). Je ne peux même pas l'embrasser car des boutons ornent mes lèvres et y prospèrent douloureusement depuis quelques jours.
Dernières photographies. Pose du sac dans le coffre. retrait du chapeau à plumes. Protection du siège passager de la sueur qui mouille (trempe) mon dos et mes cheveux. Ma voisine me fait remarquer que je dégage comme une odeur très forte de transpiration genre "fauve" et je prends conscience de mon état de fin de journée.
Une certaine liberté, une certaine solitude constructive, certaines rencontres s'arrêtent là.
Une autre vie m'attend. J'y trouverais des charmes dont j'avais perdus ou oubliés l'existence. Mais je reviendrais un jour vers toi liberté solitude rencontres, un jour. N'est-ce pas les côtes de Saint-Quay Pontrieux, de Paimpol et de l'ile de Bréhat que je voie toutes proches quand démarre la voiture?